À Rubaya, dans le territoire de Masisi, la richesse minière est devenue l’un des principaux enjeux économiques du conflit qui déchire l’est de la République démocratique du Congo. Depuis avril 2024, la zone minière est contrôlée par l’AFC/M23, qui exerce son influence sur une région particulièrement riche en coltan.
Ce minerai, dont est extrait le tantale utilisé notamment dans l’industrie électronique, confère à Rubaya une importance qui dépasse largement les frontières du Nord-Kivu. Selon une analyse présentée au Conseil de sécurité des Nations unies en juillet 2026, la production issue de cette zone pourrait représenter une part significative de l’offre mondiale de coltan, estimée entre 15 % et 30 %.
Le contrôle de Rubaya ne se limite pas à l’occupation du territoire. Les informations disponibles font également état de mécanismes de taxation appliqués à l’exploitation et au commerce des minerais dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.
Des rapports du Groupe d’experts des Nations unies indiquent que la production de coltan autour de Rubaya s’est fortement développée et que le mouvement rebelle tire des revenus de la taxation des minerais. Des estimations onusiennes avaient notamment évalué à plus de 800 000 dollars par mois les recettes liées aux taxes sur le coltan produit dans cette zone.
Une telle situation représente un manque à gagner pour l’État congolais, alors que le périmètre minier relève légalement de l’administration de la RDC.
Au-delà de la fiscalité, la circulation du coltan constitue une autre source de préoccupation. Une enquête de Global Witness, rapportée par Radio Okapi en juin 2026, affirme que d’importantes quantités de coltan provenant de Rubaya auraient été acheminées clandestinement vers le Rwanda.
Selon ces allégations, le passage par les circuits régionaux compliquerait l’identification de l’origine réelle du minerai avant son intégration dans les chaînes commerciales internationales.
Kigali rejette toutefois les accusations relatives à son soutien au M23 ainsi que les allégations concernant son implication dans le trafic de minerais. Ces accusations restent ainsi au cœur des tensions diplomatiques entre la RDC et le Rwanda.
Derrière les enjeux financiers et géopolitiques se trouve une population qui dépend largement de l’exploitation minière pour sa survie.
La catastrophe survenue le 28 janvier 2026 sur le site de Luwowo, dans le périmètre minier de Rubaya, a brutalement rappelé les dangers auxquels sont confrontés les creuseurs artisanaux. Les autorités congolaises avaient annoncé un bilan de plus de 200 morts, dont environ 70 enfants selon le ministère des Mines. Le M23 avait contesté ces chiffres et attribué l’événement à des bombardements.
Cette tragédie a néanmoins remis en lumière les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles travaillent de nombreux exploitants artisanaux : galeries instables, équipements insuffisants, absence de dispositifs de sécurité adaptés et forte dépendance des familles aux revenus de l’exploitation minière.
Pour Kinshasa, la question de Rubaya est donc à la fois sécuritaire, économique et stratégique. Le gouvernement congolais considère le gisement comme un élément important dans ses discussions sur les minerais stratégiques, notamment dans le cadre de ses relations avec les États-Unis.
Selon Reuters, la RDC estime que des investissements compris entre 50 et 150 millions de dollars pourraient être nécessaires pour développer une exploitation commerciale à grande échelle et instaurer une chaîne d’approvisionnement mieux contrôlée et traçable.
Mais pour les habitants de Rubaya, les enjeux restent avant tout liés à leur quotidien. Dans une région où l’abondance des ressources naturelles contraste avec la pauvreté et l’insécurité, le coltan constitue à la fois une source de revenus et un facteur supplémentaire de tensions.
À Rubaya, la bataille pour le contrôle du coltan illustre ainsi l’un des paradoxes majeurs de l’est de la RDC : une région dotée d’immenses richesses minières, mais où les populations restent confrontées à l’insécurité et à la précarité. Tant que le contrôle territorial, la fiscalité minière et la traçabilité du minerai resteront disputés, le coltan de Rubaya continuera d’occuper une place centrale dans les accusations de financement du conflit et de contrebande dans la région des Grands Lacs.
Rédaction
Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager votre avis sur cet article !
Laisser un commentaire