« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », dit l'adage. Mais face aux faits, la vérité fini toujours par s'imposer.
Après de longues années de dénégation, de communication défensive et de contestation systématique des accusations portées contre lui, le Rwanda se retrouve aujourd'hui confronté à un tournant diplomatique majeur. À Washington, devant le Congrès américain, des déclarations émanant de l'ambassadrice rwandaise aux États-Unis ont été perçues comme une reconnaissance implicite des liens entre Kigali et la rébellion du M23, active dans l'Est de la République démocratique du Congo.
Cet aveu, même voilé, marque une rupture significative avec la ligne officielle rwandaise longtemps fondée sur le déni total. Il vient renforcer les rapports des Nations unies, les alertes d'organisations internationales et les dénonciations répétées des autorités congolaises, qui accusent le Rwanda de soutenir militairement et logistiquement un mouvement armé responsable de graves violations des droits humains et d'une déstabilisation persistante des provinces orientales de la RDC.
Lors de cette audition au Capitole, le représentant Christopher Smith, président de la sous-commission du Congrès américain sur l'Afrique, a tenu à rappeler une position qu'il défend depuis plusieurs décennies. Revenant sur ses déclarations de 1998, il a déclaré ce qu'il qualifie de stratégie diplomatique bien rodée de Kigali :
« Le gouvernement rwandais a utilisé la culpabilité de la communauté internationale comme un bouclier pour empêcher toute critique de ses actions hostiles en République démocratique du Congo. »
Un propos qui trouve aujourd'hui un écho particulier, alors que la communauté internationale semble de moins en moins disposée à fermer les yeux sur la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs.
Fait notable, l'audition a débouché sur un consensus bipartisan au sein du Congrès américain. Démocrates et Républicains ont unanimement déclaré le non-respect par le Rwanda de l'accord de Washington, censé encadrer les engagements régionaux en faveur de la paix et de la stabilité.
Plusieurs élus ont appelé l'administration américaine à passer des paroles aux actes, en envisageant notamment des sanctions ciblées contre Kigali, afin de contraindre le Rwanda à honorer ses engagements et à cesser toute implication dans les groupes armés opérant en RDC.
De son côté, le sous-secrétaire d'État américain chargé de l'Afrique centrale a rappelé les engagements pris par Marco Rubio, figure influente de la diplomatie américaine, visant à s'assurer que les promesses faites au président Donald Trump en matière de respect des accords et de stabilité régionale soient effectivement mises en œuvre.
Cette prise de position renforce l'idée d'un possible changement de paradigme dans la politique américaine vis-à-vis du Rwanda, longtemps considérée comme une alliée stratégique malgré les controverses.
Pour la République démocratique du Congo, ces développements constituent une avancée diplomatique majeure. Ils traduisent une reconnaissance progressive des réalités du terrain et des souffrances endurées par les populations de l'Est du pays. Pour le Rwanda, en revanche, le message est clair : la stratégie du déni semble atteindre ses limites.
À Washington, le mur du silence et du mensonge se fissure. Et dans ce nouveau rapport de forces diplomatiques, la vérité pourrait bien devenir un levier décisif pour la paix dans la région des Grands Lacs.
Rédaction
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