À l’initiative des autorités congolaises, la grande salle du Stade Tata Raphaël à Kinshasa a servi de cadre, mercredi 4 mars 2026, à l’ouverture du Forum national sur les affaires coutumières, une rencontre d’envergure consacrée à l’avenir de l’autorité traditionnelle en République démocratique du Congo.
Organisée sous le haut patronage du président Félix Tshisekedi et placée sous la présidence du Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, cette rencontre rassemble des centaines de chefs coutumiers venus de toutes les provinces, ainsi que plusieurs membres du gouvernement et experts du secteur judiciaire.
Prenant la parole devant cette assemblée, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko, a dressé un constat préoccupant. Selon lui, plus de 300 conflits coutumiers ont été recensés en 2025 à travers le pays, souvent liés aux querelles de succession, aux limites territoriales des chefferies ou encore à la légitimité des chefs traditionnels.
Ces tensions locales, a-t-il expliqué, alimentent régulièrement des violences communautaires et contribuent à l’engorgement des juridictions, déjà confrontées à une surcharge de dossiers.
« La gestion des affaires coutumières demeure un défi majeur pour la cohésion sociale. Nous devons repenser l’articulation entre la justice moderne et les mécanismes traditionnels », a-t-il insisté.
Face à cette situation, le ministre de la Justice a plaidé pour une meilleure reconnaissance institutionnelle des mécanismes traditionnels de règlement des conflits. Il a notamment relancé le débat sur le retour ou la réorganisation des tribunaux coutumiers, considérés par certains comme des structures capables de désengorger les juridictions classiques tout en s’appuyant sur les réalités culturelles locales.
Pour plusieurs participants, le pouvoir coutumier reste un pilier vivant de l’organisation sociale congolaise, notamment dans les zones rurales où les chefs traditionnels demeurent les premiers médiateurs en cas de conflits.
Au cours des échanges, plusieurs autorités traditionnelles venues notamment du Kwango ou encore de Lisala ont dénoncé le manque de moyens, d’encadrement administratif et de reconnaissance institutionnelle dont souffrent les chefferies.
Selon eux, l’absence de mécanismes clairs de succession et de gestion administrative des entités coutumières favorise la multiplication des conflits de légitimité, parfois instrumentalisés par des intérêts politiques ou économiques.
Intervenant également lors du forum, la ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Ombae, a mis en avant le rôle déterminant des femmes dans la prévention des conflits et la stabilisation des communautés.
Elle a plaidé pour une plus grande implication des femmes dans les mécanismes de médiation coutumière, estimant que leur participation peut contribuer à renforcer la cohésion sociale et la paix au sein des villages et chefferies.
Prévu pour se clôturer le 5 mars 2026, ce forum national ambitionne de déboucher sur des recommandations concrètes destinées à réformer la gestion des affaires coutumières en RDC.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment : la clarification du statut des chefs coutumiers ; la mise en place de mécanismes transparents de succession ; la redynamisation des juridictions coutumières ; et le renforcement de la collaboration entre l’État et les autorités traditionnelles.
Pour de nombreux participants, la réussite de ces réformes pourrait transformer les institutions coutumières en véritables leviers de paix sociale et de gouvernance de proximité, dans un pays où l’autorité traditionnelle reste profondément ancrée dans la vie des communauté.
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