Le projet de rapprochement entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, porté par la Coalition des 64 (C64) à l’issue de son conclave de Rome, soulève des questions sur la stratégie et la cohérence politique de cette plateforme de l’opposition.
La Coalition des 64 (C64) veut-elle rester une force d’opposition ou devenir un acteur de médiation dans la crise politique en République démocratique du Congo ? C’est l’une des principales interrogations suscitées par le communiqué publié lundi, au terme de son conclave organisé à Rome, en Italie.
Réunis dans la capitale italienne, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont réaffirmé leur attachement à l’organisation d’un dialogue national inclusif, au respect de la Constitution et à la recherche d’une solution politique à la crise congolaise. Des revendications déjà exprimées à plusieurs reprises par l’opposition, mais dont la concrétisation reste incertaine.
L’élément qui retient particulièrement l’attention est toutefois la volonté de la coalition de rencontrer le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, dans le but de favoriser un rapprochement entre les deux personnalités. En affichant cette ambition, la C64 semble vouloir s’attribuer un rôle de facilitateur dans une crise dont les principaux protagonistes restent profondément divisés.
Cette démarche soulève une question fondamentale : comment une plateforme qui critique ouvertement la gouvernance de Félix Tshisekedi peut-elle, dans le même temps, se positionner comme intermédiaire entre le chef de l’État et Joseph Kabila ?
Si cette initiative peut être interprétée comme une volonté de contribuer à la décrispation politique, elle pourrait également brouiller le positionnement de la coalition. En effet, la C64 revendique une opposition non armée au pouvoir en place, tout en cherchant à faciliter le dialogue entre deux personnalités au cœur des tensions politiques nationales.
La difficulté ne se limite pas à la question de principe. Elle concerne également les conditions pratiques de mise en œuvre de cette initiative. Moïse Katumbi et Matata Ponyo se trouvent en exil, une situation susceptible de compliquer les démarches envisagées. La coalition devra donc préciser les modalités d’une éventuelle rencontre, ainsi que les garanties nécessaires à sa réalisation.
Le dossier Joseph Kabila constitue un autre défi pour la C64. L’ancien président, qui a exprimé des réserves sur les conditions actuelles d’un dialogue politique, demeure une figure centrale des débats sur l’avenir institutionnel du pays.
Une éventuelle rencontre pourrait également soulever des contraintes liées à sa localisation et aux conditions de déplacement des différents acteurs, notamment si des échanges devaient se tenir dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans ce contexte, la coalition devra démontrer qu’elle dispose d’une marge de manœuvre suffisante pour rapprocher les deux camps. D’autant que d’autres initiatives de médiation, notamment celles portées par des responsables religieux, n’ont pas encore permis de dégager un consensus politique durable.
Au-delà de la volonté affichée, une autre question se pose : quel argument la C64 pourrait-elle avancer pour convaincre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila d’engager un rapprochement que les précédentes démarches n’ont pas réussi à concrétiser ?
La réussite d’une telle initiative dépendra notamment de la confiance que les deux personnalités pourront accorder à la coalition, de la clarté de son mandat et de sa capacité à proposer un cadre de discussion acceptable pour les différentes parties.
En l’absence de précisions sur ces éléments, la démarche reste confrontée à plusieurs inconnues.
En voulant faciliter le rapprochement entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila tout en réclamant un dialogue national inclusif, la C64 cherche à se positionner au centre des efforts de sortie de crise. Cette stratégie pourrait renforcer son rôle dans le paysage politique congolais si elle débouche sur des résultats concrets.
Mais elle comporte également un risque : celui de rendre moins lisible son positionnement politique, notamment si ses ianitiatives de médiation ne s’accompagnent pas d’une clarification de ses objectifs et de ses priorités.
Le conclave de Rome marque ainsi une nouvelle étape dans les ambitions affichées par la coalition. Reste à savoir si la C64 parviendra à transformer ses déclarations en une initiative crédible et opérationnelle, ou si son projet de rapprochement entre les deux anciens et actuels centres du pouvoir congolais restera une ambition difficile à concrétiser.
Pour l’heure, une interrogation demeure : la C64 peut-elle réussir à jouer les médiateurs sans perdre sa cohérence en tant que force d’opposition ?
Moïse KASHALA
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