Plus d’une décennie avant la reconnaissance institutionnelle du GENOCOST, Me Gisèle Ngungua alertait déjà sur l’ampleur des violences, des violations des droits humains et de l’impunité en République démocratique du Congo.
En octobre 2012, lors d’une interview réalisée à New York par le Centre international pour la justice transitionnelle (ICTJ), l’avocate congolaise avait choisi de briser le silence sur les crimes commis en RDC. Loin des responsabilités politiques, elle dénonçait publiquement une situation qu’elle qualifiait de crime contre l’humanité et appelait à une véritable prise en compte de la souffrance des victimes.
À cette époque, Me Gisèle Ngungua évoquait le lourd bilan humain des guerres ayant frappé la RDC et déplorait ce qu’elle considérait comme le « silence coupable » de la communauté internationale face aux violences perpétrées contre les populations civiles.
Dans son témoignage, l’avocate insistait particulièrement sur la question des violences sexuelles. Elle soulignait que le phénomène ne concernait plus uniquement les zones directement affectées par les conflits armés, mais tendait également à apparaître dans des milieux urbains et des régions relativement éloignées des lignes de front.
Elle dénonçait également une justice qui, selon elle, ne poursuivait pas toujours les auteurs présumés de manière équitable. Pour Me Gisèle Ngungua, les violences sexuelles devaient être examinées avec la plus grande rigueur lorsqu’elles s’inscrivaient dans un contexte de violations massives des droits humains.
L’avocate mettait aussi en cause la fragilité des institutions judiciaires congolaises. Elle évoquait notamment les problèmes de clientélisme, de corruption et de manque de crédibilité de la justice, susceptibles de favoriser l’impunité.
Pour elle, la reconnaissance des crimes commis contre les populations congolaises constituait une étape essentielle pour restaurer la dignité des victimes et permettre au pays d’affronter son passé.
Elle plaidait ainsi pour que les victimes de violences sexuelles et d’autres violations graves des droits humains puissent obtenir justice et réparation.
Me Gisèle Ngungua évoquait également, dès cette période, la nécessité de mettre en place des mécanismes judiciaires capables de poursuivre efficacement les responsables des crimes graves commis durant les conflits en RDC.
Elle faisait notamment référence à l’idée d’un tribunal mixte, réunissant des magistrats congolais et internationaux, afin de renforcer la crédibilité des procédures et de contribuer à la réparation de la mémoire des victimes.
Les déclarations de Me Gisèle Ngungua, prononcées en 2012, prennent aujourd’hui une résonance particulière dans le contexte du GENOCOST, consacré à la mémoire des victimes des violences liées aux ressources naturelles en République démocratique du Congo.
Son intervention témoigne ainsi de la continuité d’un combat pour la reconnaissance des souffrances vécues par les populations congolaises, la lutte contre l’impunité et l’établissement des responsabilités.
En brisant l’omerta dès 2012, Me Gisèle Ngungua avait contribué à maintenir dans l’espace public une question essentielle : comment rendre justice aux victimes des crimes commis en RDC et préserver leur mémoire ?
Moïse KASHALA
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