À l’approche de la fin du second et dernier mandat du président de la République démocratique du Congo, prévue le 20 janvier 2029, le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution pour permettre un troisième mandat commence à agiter la scène politique nationale. Dans une correspondance publiée lundi 18 mai, Denis Mukwege met en garde contre ce qu’il considère comme une dérive dangereuse pour la démocratie congolaise.
Le Prix Nobel de la paix estime que la RDC traverse actuellement une crise profonde marquée par l’insécurité persistante dans l’Est du pays, une situation économique fragile et de fortes tensions sociales. Selon lui, ouvrir un débat sur la modification de la Constitution détourne l’attention des véritables priorités nationales, notamment la restauration de la paix et de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Dans son message, Denis Mukwege dénonce également une volonté de confiscation du pouvoir par « un homme et un regroupement de partis », visant à instaurer un système fondé sur le culte de la personnalité. Il rappelle que la Constitution congolaise interdit à toute personne ou fraction du peuple de s’approprier la souveraineté nationale et insiste sur le fait que l’alternance démocratique demeure un principe fondamental de l’État de droit.
L’ancien candidat à la présidentielle pointe aussi une contradiction chez certains acteurs politiques qui critiquent une prétendue « Constitution des étrangers », tout en bradant, selon lui, les minerais stratégiques du pays à des puissances étrangères en échange de promesses sécuritaires inefficaces. Il déplore également le revirement de plusieurs responsables politiques qui s’opposaient autrefois à toute révision constitutionnelle et qui en deviennent aujourd’hui les principaux défenseurs.
S’appuyant sur les articles 219 et 220 de la Constitution, Mukwege rappelle qu’aucune révision constitutionnelle ne peut être engagée en période de guerre, d’état d’urgence ou d’état de siège. Il souligne surtout que le nombre et la durée des mandats présidentiels figurent parmi les dispositions verrouillées et non révisables de la loi fondamentale congolaise.
Alors que plus de 12 millions de citoyens des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent affectés par l’insécurité, Denis Mukwege estime que les autorités devraient concentrer leurs efforts sur la fin du conflit plutôt que sur un débat politique qu’il juge explosif et susceptible d’accentuer les divisions nationales.
Le médecin congolais conclut son appel en exhortant les forces vives de la nation à défendre l’ordre constitutionnel et à rejeter toute tentative de dérive autoritaire, sous le slogan : « Touche pas à ma Constitution ! ».
Rédaction
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