La carrière minière de KASULU, située dans la province du Lualaba, vient de tourner une page décisive de son histoire. Après plusieurs mois de tensions internes liées à la gouvernance et au contrôle du site, quatre coopératives minières ont conclu un accord quadripartite sous la supervision des autorités provinciales, mettant fin à une crise qui menaçait la stabilité sociale et économique du site.
Depuis le 19 février 2018, la coopérative COMIKU exploitait la Zone d’Exploitation Artisanale (ZEA 786) en partenariat avec CMDKO ESPOIR. À cette époque, le marché international du cobalt traversait une période de contraction sévère. Malgré la baisse des revenus, un noyau restreint de responsables assurait le maintien des activités, s’appuyant principalement sur des cotisations issues d’activités annexes comme le transport de sable et de moellons.
Cette phase a mis en lumière la résilience des exploitants artisanaux, mais également la vulnérabilité des structures coopératives face aux fluctuations du marché.
La remontée spectaculaire du cobalt minerai stratégique pour les batteries électriques et la transition énergétique mondiale a ravivé l’intérêt autour du site de KASULU. Cette nouvelle attractivité a toutefois entraîné des tensions organisationnelles.
La création d’une nouvelle coopérative par l’un des responsables historiques du site a provoqué une fracture interne, débouchant sur des contestations de légitimité et une crise de gouvernance. L’instabilité grandissante faisait peser un risque réel sur la cohésion des exploitants et les revenus de nombreuses familles dépendantes du site.
Face au risque d’escalade, le Ministère provincial des Mines, en collaboration avec le Syndicat des exploitants, a initié une médiation réunissant quatre entités : COMIKU, CMDKO ESPOIR, la coopérative de M. POLI et celle de M. Vincent KIBIBI.
La présence des autorités provinciales a permis d’encadrer les discussions dans un cadre formel et réglementaire, garantissant la légitimité du processus.
Au terme des échanges, un procès-verbal a été signé, consacrant une gestion collaborative du site sous l’entité officiellement installée depuis 2018.
La nouvelle architecture organisationnelle prévoit :
BANA KASULU : sécurité et suivi technique du site
COMIKU : gestion financière centralisée et suivi comptable
CMDKO ESPOIR : administration et obligations réglementaires
Coopérative de M. Vincent KIBIBI : logistique et affaires sociales
Cette répartition claire des responsabilités vise à renforcer la transparence, améliorer la traçabilité des flux financiers et instaurer un mécanisme durable de prévention des conflits.
Le République démocratique du Congo demeure le premier producteur mondial de cobalt, et la province du Lualaba occupe une place centrale dans cette dynamique. La stabilité des Zones d’Exploitation Artisanale constitue un facteur clé pour l’économie locale et pour l’image du secteur minier congolais à l’international.
Au-delà d’un simple règlement de différends, l’accord de KASULU symbolise une avancée vers une gouvernance plus structurée et responsable du secteur artisanal. Il marque un test de maturité institutionnelle pour les coopératives minières locales et envoie un signal fort sur leur capacité à privilégier le dialogue et l’intérêt collectif.
Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés, la solidité de cette nouvelle organisation déterminera si KASULU entre véritablement dans une ère de stabilisation durable.
EMMANUEL MPATA
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