La justice militaire congolaise resserre l’étau autour des officiers soupçonnés de manquements graves à la loyauté républicaine. Arrêté en novembre dernier, le général de brigade John Tshibangu a été officiellement transféré à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, après une longue série d’auditions menées par les services de renseignement et l’auditorat général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Cette incarcération marque une chute vertigineuse pour un officier qui, il y a encore peu, occupait des fonctions stratégiques au sein de l’appareil militaire congolais.
Né en 1970 à Dimbelenge, dans la province du Kasaï-Central, John Tshibangu est issu de l’École de formation des officiers (EFO) de Kananga. Il a bénéficié de formations spécialisées à l’étranger, notamment en Israël, et servi dans plusieurs zones opérationnelles sensibles du pays, dont Beni, Shabunda et Kisangani, acquérant le profil d’un officier expérimenté.
Mais son parcours est aussi marqué par de profondes ruptures. En 2012, il bascule dans la rébellion armée, entrant en confrontation directe avec l’État congolais. Sous le régime de Joseph Kabila, il est condamné par la justice militaire pour rébellion, après avoir publiquement affiché ses ambitions de renversement du pouvoir.
Arrêté en Tanzanie, extradé vers Kinshasa puis jugé, son avenir militaire semblait alors définitivement compromis.
La réintégration controversée
Contre toute attente, John Tshibangu bénéficie en 2022 d’une mesure de clémence présidentielle accordée par le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi. Réintégré dans les FARDC, il est élevé au grade de général de brigade et se voit confier d’importantes responsabilités, notamment le commandement militaire au Kasaï Oriental, puis à la tête de la 21ᵉ région militaire.
À l’époque, cette décision est présentée comme un acte de réconciliation nationale et de consolidation des forces armées, dans un contexte de réformes profondes du secteur de la sécurité.
Cependant, son passage dans les zones de combat de l’Est de la RDC, en particulier au Nord-Kivu, est aujourd’hui au centre de graves soupçons. Selon plusieurs sources sécuritaires, certaines décisions opérationnelles prises sous son commandement auraient contribué à des revers majeurs des FARDC face à la rébellion de l’AFC-M23.
Ces éléments ont ravivé les accusations de duplicité et conduit à l’ouverture d’enquêtes approfondies, débouchant sur son arrestation et son transfèrement à Ndolo.
Pour le haut commandement des FARDC, cette affaire se veut un signal fort adressé à l’ensemble de la chaîne de commandement : la trahison, réelle ou présumée, ne saurait être tolérée, quel que soit le rang de l’officier concerné.
Dans un contexte sécuritaire toujours fragile, marqué par la poursuite des combats à l’Est du pays, le dossier Tshibangu illustre la volonté affichée des autorités militaires de rompre avec l’impunité et de restaurer la discipline au sein de l’armée nationale.
En attendant l’issue judiciaire de cette affaire, le général John Tshibangu incarne désormais, pour beaucoup d’observateurs, l’exemple d’un retour avorté au sein des FARDC, passé de la réhabilitation à la disgrâce, au cœur des enjeux cruciaux de la sécurité nationale.
Rédaction
Commentaires 0
Aucun commentaire pour le moment
Soyez le premier à partager votre avis sur cet article !
Laisser un commentaire