Alors que la question d’une éventuelle révision ou d’un changement de la Constitution continue d’alimenter les débats politiques en République démocratique du Congo, une absence de position intrigue particulièrement : celle de Jean-Pierre Bemba et de son parti, le Mouvement de Libération du Congo (MLC).
Depuis plusieurs mois, les acteurs politiques se prononcent tour à tour sur l’avenir de la Constitution de 2006. Pourtant, ni le vice-Premier ministre en charge des Transports ni sa formation politique n’ont officiellement affiché leur position sur cette question sensible.
Cette réserve est d’autant plus remarquable que l’histoire du MLC est étroitement liée à l’élaboration de l’actuelle loi fondamentale. À l’issue du Dialogue intercongolais de Sun City, en Afrique du Sud, le MLC s’impose comme l’une des principales composantes de la transition. Sous sa direction politique, l’Assemblée nationale adopte en 2005 le projet de Constitution qui sera ensuite validé par référendum populaire avant d’être promulgué en février 2006.
Cette Constitution a joué un rôle déterminant dans le parcours politique de Jean-Pierre Bemba. Elle lui a permis de participer à l’élection présidentielle de 2006, où il accède au second tour, tout en faisant du MLC la principale force de l’opposition avec plus de 120 députés. Elle lui a également ouvert les portes du Sénat, consolidant ainsi son statut d’acteur majeur de la vie politique congolaise.
Aujourd’hui, devenu un allié influent du président Félix Tshisekedi au sein de l’Union sacrée de la Nation, Jean-Pierre Bemba défend régulièrement l’action du gouvernement. Mais sur le dossier constitutionnel, il observe un silence qui suscite interrogations et spéculations.
Cette prudence pourrait s’expliquer par les enjeux politiques liés à son propre avenir. L’ancien vice-président n’a jamais dissimulé son ambition de briguer un jour la magistrature suprême. Cependant, les obstacles juridiques entourant son éligibilité ainsi que certaines procédures judiciaires en cours à l’étranger alimentent les incertitudes sur ses perspectives présidentielles.
Dans ce contexte, une réforme constitutionnelle susceptible de permettre à Félix Tshisekedi de prolonger son parcours à la tête de l’État pourrait modifier les équilibres politiques et réduire les chances de ceux qui nourrissent également des ambitions présidentielles.
Dès lors, une question demeure : Jean-Pierre Bemba acceptera-t-il de soutenir une réforme touchant à une Constitution qui a largement contribué à sa transformation d’ancien chef rebelle en figure centrale de la politique congolaise ? Pour l’heure, l’intéressé garde le silence, laissant le débat ouvert.
Rédaction
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