Derrière les bilans macabres et les villages désertés, une question hante de plus en plus les habitants de Beni et de l’Ituri : pourquoi les rebelles ADF continuent-ils de frapper dans des zones pourtant annoncées comme sécurisées par les opérations conjointes FARDC-UPDF ?
La colère monte au sein de la population locale après les récentes attaques meurtrières attribuées aux ADF dans plusieurs localités situées à l’ouest d’Oïcha. Dans la nuit du 5 au 6 mai, des assaillants ont ciblé les villages de Manzumbu, Musangwa, Wasafi, Katerain et Mangambo, faisant entre 24 et 26 morts selon un bilan provisoire. Des familles endeuillées ont passé de longues heures à identifier les corps à la morgue de l’hôpital général d’Oïcha, tandis que plusieurs maisons ont été incendiées et des habitants forcés de fuir leurs champs.
Face à cette nouvelle tragédie, Maître Achille Kapanga, figure politique de Beni et ancien maire honoraire de la ville, pointe du doigt les limites stratégiques des opérations militaires conjointes menées par les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF).
« C’est un massacre de trop », dénonce-t-il, estimant que les groupes ADF parviennent à reprendre pied dans des zones reconquises faute d’une sécurisation durable. Selon lui, les rebelles changent constamment de tactique, se déplacent en petits groupes et ciblent principalement des civils sans défense.
Sans remettre en cause les efforts des soldats engagés sur le terrain, Achille Kapanga critique une coordination militaire qu’il juge insuffisante face à un ennemi mobile et imprévisible. Il appelle l’état-major des FARDC à revoir en profondeur la stratégie sécuritaire dans la région, notamment à travers un meilleur renseignement de proximité, l’occupation permanente des zones libérées et une protection renforcée des axes fréquentés par les civils.
« Cette région est devenue un véritable mouroir », alerte-t-il.
Pour l’ancien maire de Beni, les ADF ne cherchent plus seulement à survivre dans la forêt, mais à étendre leur influence afin de perturber l’économie locale, couper les voies de communication et installer durablement la peur au sein des communautés.
Depuis les premières tueries massives enregistrées à Mukoko en 2014, la région de Beni est devenue l’un des symboles les plus tragiques de l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC. Malgré plusieurs offensives militaires, les mêmes villages continuent de subir des attaques répétées et des déplacements massifs de populations.
La société civile locale partage également ce constat d’échec partiel. Son président, Kinos Katuo, évoque une « recrudescence des violences » et appelle les forces de sécurité à mettre en place « d’autres mécanismes » capables d’empêcher le retour des assaillants dans les zones déjà reconquises.
De leur côté, les FARDC-UPDF assurent poursuivre les rebelles et intensifier les opérations de ratissage dans les secteurs touchés.
Mais sur le terrain, la confiance de la population s’effrite davantage après chaque attaque. Beaucoup craignent qu’en l’absence d’une présence militaire permanente et d’une véritable restauration de l’autorité de l’État, les ADF continuent de regagner progressivement du terrain, au prix de nouvelles vies civiles.
Rédaction
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